Une petite histoire de l’amitié franco-américaine - 1917: Pershing débarque à Boulogne-sur-mer PDF Imprimer Email
Index de l'article
Une petite histoire de l’amitié franco-américaine
1777: La Fayette débarque à Georgetown
1917: Pershing débarque à Boulogne-sur-mer
1928: Le Nobel de Briand et Kellogg
1944: Du débarquement à la libération de Paris
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1917: Pershing débarque à Boulogne-sur-mer

Elu à la Maison-Blanche le 5 novembre 1912, Thomas Woodrow Wilson souhaite à tous prix éviter que les Etats-Unis ne soient entraînés dans la tourmente qui se lève en Europe. Fils de pasteur, pacifiste convaincu, il a vécu, enfant, les horreurs de la guerre civile, et il craint le retour à la barbarie qu’entraînerait une nouvelle conflagration. De plus, le souci de maintenir [’unité nationale d’un pays dont un habitant sur quatre est né à l’étranger ou de parents venus d’un des deux blocs antagonistes lui dicte la plus grande prudence : comment prendre parti, en effet, quand les sympathies des Américains d’origine allemande du Middle West vont aux Empires centraux, tandis que les protestants anglo-saxons de la côte est sont plutôt favorables à l’Entente, que les Irlandais détestent l’Angleterre et que les Polonais sont hostiles à la Russie ? Dépêchant en Europe son éminence grise, le colonel House, au printemps de 1914, il le charge d’une mission de bons offices entre Paris, Londres et Berlin. Mais l’assassinat de Sarajevo anéantit les efforts du Texan et le conflit tant redouté éclate dans les premiers jours d’août 1914. Fidèle à la politique de "neutralité médiatrice" dont il a défini le principe, Wilson va, pendant près de trois ans multiplier les initiatives diplomatiques pour tenter de créer entre les belligérants

Le torpillage, en mai 1915, malgré de sévères mises en garde des Etats-Unis, du paquebot britannique Lusitania par un U-Boot qui fera plus de 1.000 victimes civiles, parmi lesquelles 128 Américains, fera faire à l’opinion le premier pas vers l’acceptation de la guerre. Mais la publication par les Anglais d’une liste noire des entreprises d’outre-Atlantique accusées de violer le blocus contre l’Allemagne indispose les Américains qui, pour beaucoup d’entre eux, restent encore opposés à toute intervention. Et l’approche des élections de novembre 1916, dont le résultat n’est pas acquis, n’encourage guère le président à forcer le destin.

C’est la décision prise en janvier 1917 par les Allemands, malgré les négociations en cours, de déclencher un blocus de fait de l’Amérique en décrétant la guerre sous-marine à outrance qui fera déborder le vase. Wilson décide la rupture des relations diplomatiques avec Berlin.

Il n’attend plus désormais pour agir que ce qu’il appelle «un acte d’injustice voulu», c’est-à-dire l’attaque d’un navire de commerce américain. L’irréparable sera commis avec le torpillage du Vigilentia et, le 6 avril 1917 à 13 h 18, le Congrès vote la guerre. Cette décision est acquise à une majorité d’autant plus grande que la publication du «télégramme Zimmermann», dans lequel le secrétaire d’Etat allemand aux Affaires étrangères suggère à son ambassadeur au Mexique de préparer avec ce pays une alliance contre les Etats-Unis, à laquelle pourrait ultérieurement se rallier le Japon, a entre-temps soulevé une vive indignation de l’opinion publique américaine.

Si les Etats-Unis ont choisi «la défense du droit plutôt que la paix», ils n’ont pas pour autant les moyens de faire la guerre. Ils ne disposent que d’une armée de métier aux effectifs réduits, dont les seules expériences du combat ont été acquises contre les Indiens, les rebelles philippins, les Espagnols de Cuba ou les hors-la-loi mexicains de Pancho Villa et ils ne semblent guère capables de soutenir un conflit lointain impliquant un engagement massif. Pourtant, l’Amérique va relever le défi. Et faire, en quelques mois, la preuve de sa détermination et de son efficacité. Voté le 18 mai 1917, le Sélective Service Act institue la conscription et permet de porter les effectifs de l’armée de 200.000 hommes en février 1917 à quatre millions de soldats en novembre 1918. Tandis qu’un comité pour l’information publique multiplie conférences et manifestations destinées à convaincre l’opinion du bien-fondé de engagement américain, et que des emprunts de guerre sont lancés avec l’appui de vedettes comme Douglas Fairbanks ou Mary Pickford, le président décrète «la mobilisation de toutes les ressources de la nation». Créé fin 1917, le bureau des industries de guerre saura, sous la direction de Bernard Baruch, prendre les mesures qui s’imposent : répartition des matières premières et des sources d’énergie en fonction des besoins de la guerre, reconversions industrielles, contrôle des chemins de fer et organisation d’un programme d’aide alimentaire à l’Europe, confié à un ancien ingénieur des Mines nomme Herbert Hoover…

Pour les Alliés, I’entrée en guerre américaine arrive au bon moment : la chute du tsarisme et les incertitudes qui pèsent sur l’avenir d’une Russie en proie au désordre et à [’agitation révolutionnaire, le réveil des tensions sociales et la fin de l’Union sacrée, I’échec sanglant de l’offensive Nivelle dans le secteur du Chemin des Dames et les mutineries sur le front ont en effet de quoi inquiéter les plus optimistes. L’annonce de l’intervention américaine vient à point nommé ranimer l’espoir.

Prenant le commandement de l’armée française, saignée à blanc par les excès de la stratégie de l’offensive à tout prix suivie jusque-là, le général Pétain peut ainsi annoncer, au printemps de 1917, qu’il «attend les Américains et les tanks». L’arrivée massive des «Sammies», dont on prévoit qu’ils seront déjà deux millions sur le sol de France à l’été de 1918, va, en effet, faire basculer définitivement le rapport de force en faveur de l’Entente. Décisive sur le terrain, I’aide des Etats-Unis ne l’est pas moins dans le domaine financier. Les Alliés ont, depuis longtemps, épuisé leurs réserves et seuls le Trésor fédéral et les banques américaines sont en mesure de les renflouer. Quand le président Wilson annonce que «I’Amérique entre en guerre avec toutes ses forces», cela signifie aussi que seront mis à la disposition des pays associé les moyens nécessaires à la poursuite de leur effort de guerre soit dix milliards de dollars d’avril 1917 à juin 1920. Sur le plan logistique, la participation décisive de la flotte américaine à la lutte contre les U-Boot et les exploits réalisés par les chantiers navals d’outre-Atlantique vont très vite limiter les effets du blocus.

Cent soixante dix-sept Américains, dont John Pershing, commandant en chef du corps expéditionnaire, et le lieutenant Patton, débarquent à Boulogne-sur-Mer le 13 juin 1917. Ils sont accueillis, à leur descente du bateau, par les représentants des plus hautes autorités militaires alliées et par le colonel Jacques Aldebert de Chambrun, descendant direct de La Fayette, qui, à ce titre, bénéficie de la nationalité américaine. Arrivés le soir même à Paris, ils reçoivent un accueil indescriptible. La population en liesse envahit les rues de la capitale et se presse sur le parcours du cortège qui se dirige vers la place de la Concorde. Il faudra que le général Pershing se montre au balcon de l’hôtel Crillon, sous les acclamations, pour que la foule en délire consente à se disperser.

Après s’être recueilli sur la tombe du marquis de La Fayette, Pershing, excellent militaire mais piètre orateur, charge le capitaine Stanton de dire quelques mots en son nom. Ce sera le célèbre «La Fayette, nous voilà !» qui déchaîne l’enthousiasme de la foule massée aux abords du cimetière de Picpus. Pressé d’« amalgamer » ses troupes aux forces françaises, plus aguerries, le commandement américain rejette fermement cette proposition. Les Britanniques n’auront pas plus de succès. Pershing, en accord avec le président Wilson, est en effet résolu à maintenir l’identité de son armée pour qu’elle puisse, le moment venu et l’expérience acquise, prendre sa part spécifique à l’effort commun.

Pershing dispose de peu de temps pour réaliser la montée en puissance de son corps expéditionnaire. En juin et en juillet, la superbe action de Bois-Belleau volt la 2° division américaine et les régiments de marines venus en renfort des troupes coloniales françaises repousser tous les assauts allemands, et interdire ainsi la progression des Allemands vers Paris. Quand la contre-offensive française du 18 juillet décide du sort de la bataille de Champagne, 85 000 Américains sont engagés au combat, mais ils sont toujours mis à disposition de Foch à titre provisoire et Pershing attend avec impatience l’occasion de s’illustrer sous ses propres couleurs.

 

Ce sera chose faite lors des grandes offensives de septembre 1918. Le 12, à 5 heures du matin et une préparation d’artillerie assurée par 3.000 pièces, sept divisions américaines vont entamer la réduction du saillant de Saint-Mihiel. La victoire est rapidement acquise par les hommes des généraux Dickmann, Ligget et Cameron, appuyés par le 2° corps colonial français. A l’issue du combat, 16.000 Allemands sont prisonniers et quelque 300 canons ont été pris. Foch peut féliciter Pershing. L’offensive suivante, lancée à la fin du mois dans le secteur de l’Argonne sera plus éprouvante. «Sous la pluie glaciale des nuits sombres, écrit Pershing, nos soldats du génie avaient à construire de nouvelles routes à travers des terrains spongieux et retournés par les obus, à réparer les routes endommagées et à jeter des ponts. Nos artilleurs, sans penser au sommeil, s’attelèrent aux roues et amenèrent leurs pièces à force de bras à travers la boue pour appuyer l’infanterie.» Mal ravitaillées, soumises à d’incessants bombardements ennemis, affrontées à des conditions atmosphériques épouvantables et à un terrain difficile, les troupes de Ligget sont clouées sur place, et le désordre menace de s’installer à l’arrière des lignes. Mais les Allemands sont affaiblis, et les 197 divisions dont ils disposent encore sur le papier ne peuvent plus tenir tête aux 220 divisions alliées, dont 42 américaines, qui reçoivent chaque mois 250.000 hommes en renfort, venus s’ajouter aux 2 millions déjà déployés à la fin de l’été de 1918.

Quand l’armistice est signé le 11 novembre 1918 dans la forêt de Compiègne, 50.000 boys auront laissé leur vie sur le sol de France.



 
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